A quoi ressemblera le travail du futur ?

Revoir les projections d’un avenir erroné nous fait toujours bien marrer. On pense avec tendresse aux pilules pour se nourrir intégralement ou aux voitures volantes. C’était bien tenté, mais le temps est un juge sévère. On a déjà du mal à prévoir la météo des prochains jours, alors imaginez les 30 prochaines années.

Le monde du travail ne fait pas défaut aux mauvaises prédilections. De la création des open-spaces décorés et spacieux par deux allemands, on a poussé le concept jusqu’au paroxysme des plateaux surchargés et bruyants. Jacques Tati n’était pas loin. L’automatisation et les algorithmes planent au dessus des tâches techniques depuis belle lurette. L’imprimante 3D est devenue accessible mais reste souvent au placard. Tant que les smartphones restent une excroissance indépendante du corps, on s’en sort pas trop mal.

En dehors des fantasmes, on va tout de même se risquer à anticiper les tendances de travail du futur. Si on tombe juste, vous pourrez dire qu’on est des visionnaires. Si tout ça se révèle faux, ce qui est fort probable, l’article sera de toute façon tombé dans les méandres d’internet d’ici là.

Un constat, la nouvelle génération est plus sociale

Avec l’avènement des réseaux sociaux, la jeune génération est plus sociable que leurs parents. Est-ce que les parents étaient plus sociables que leurs enfants au même âge, on n’en sait rien. Toujours est-il que la sociabilité est portée comme modèle, dans des entreprises qui valorisent toujours davantage la collaboration. Peu importe si le métier ne requiert pas spécialement d’échanger avec ses paires, c’est l’idéologie qui prime.

La collaboration n’est pas seulement associée au travail moderne. La crise de jeunisme de notre société intègre beaucoup de nos entreprises, qui se prennent soudain pour des start-up. Non seulement il faut être extraverti, mais il faut être cool. L’insupportable baby-foot est érigé comme cliché ultime de la coolitude. La dictature du fun trouvera sans doute porte close à l’entrée des TPE/PME traditionnelles, noyau de notre économie, dont la santé économique est fragile en période de crise. Oublions d’ors et déjà les gadgets tape-à-l’œil qui servent à impressionner les visiteurs en faveur d’une vraie culture de l’innovation, avec une réflexion profonde sur l’organisation du travail.

Lire aussi :  Bien choisir ses chaussures de sécurité

Le télétravail, le coworking ou les labs ?

Le télétravail, le coworking ou encore les fameux labs sont autant de promesses que nous soutenons. Nous saluons la recherches d’alternatives au travail traditionnel par ces approches plus flexibles et originales. Elles répondent surtout à un vrai besoin. L’équilibre vie privée et professionnelle est d’ailleurs au centre de ces questionnements. Le télétravail n’est toutefois pas appréhendé comme il se doit par les entreprises. L’approche d’un travail à distance, sans regard superviseur, inquiète encore des managers frileux de tester le management par objectifs. C’est pourtant une belle marque de confiance envers le personnel.

Difficile en revanche d’imaginer le coworking et les labs en dehors des cercles d’innovateurs, des travailleurs indépendants ou des start-up. On est curieux de découvrir comment organiser des “hackathons” dans des cabinets de notaires. Ces belles expérimentations se transposent difficilement dans certains secteurs. Ces pratiques sont-elles amenées à se déployer ? Personnellement, on en a bien envie, mais on n’est pas certain que ce soit possible.

Au delà des effets d’annonce sur la dernière expérimentation du dernier gourou start-up de Californie, l’avenir nous apportera sans doute plus de recul sur l’efficacité de ces méthodes. L’entreprise libérée, à la mode quelques mois, fait maintenant l’objet de réserves non dissimulées. Si certaines entreprises exploitent ces nouvelles approches pour travailler leur image dynamique, les études objectives peuvent mettre un terme aux tentatives de coups de pub. Nous ne sommes pas à l’abri de surprises, ça fait 50 ans qu’on fait des open-spaces sans réellement évaluer l’efficacité promise.

Des cultures lentes à évoluer

La confiance et la collaboration ne se décrètent pas au bon vouloir d’un directeur. Alors que la France résiste encore aux open-spaces face à ses voisins Européens, les cultures mettent énormément de temps à évoluer. On dirait même qu’une culture est difficile à construire, alors qu’elle peut s’effondrer comme un jeu de cartes. Remettre en question une organisation en profondeur demande du temps.

Lire aussi :  5 raisons professionnelles pour retourner dans les médiathèques

Le jeunisme d’aujourd’hui sera le senior de demain. Un jeunisme remplace l’autre avec son lot de promesses et de nouvelles méthodes de management. Le “choc” générationnel existera toujours, dont la mixité des différentes expériences amènera toujours à faire des compromis, dont les inévitables incompréhensions ralentiront l’application de nouvelles méthodes de travail.

Une confiance à bâtir

Des entreprises prônent les valeurs de collaboration et de confiance pour justifier la mise en place d’open-spaces. Difficile d’aller à l’encontre de ces valeurs nobles. Toutefois, en période de défiance vis-à-vis de l’autorité (politique, religion, multinationales…), nous rêvons d’un avenir où les mots seront portés et incarnés par toutes les strates des entreprises. Le devoir d’exemplarité. Autrement dit, si on prône la transparence, la confiance et le partage, ce n’est pas pour aménager des bureaux de direction fermés dans un étage isolé.

Or, l’enquête Dares “Conditions de travail” de 2013 montre que l’autonomie accordée aux salariés régresse depuis 1998. On veut pas être pessimistes, mais le résultat est peu porteur d’espoir pour l’exploitation de notre potentiel humain, relationnel et intellectuel.

L’être humain possède cinq sens

A l’heure des mutations sociales et de la révolution technologique, l’avenir n’a jamais été aussi incertain. Le contexte social semble nous dire d’aller de l’avant, de remettre en cause nos organisations, alors que le changement induit de la méfiance. On n’est pas certain que ce soit pour un mieux. Peut-être parce que les méthodes de travail ne sont pas au centre des interrogations. Ils cristallisent un autre niveau de tensions : le sens du travail et les valeurs partagées.

L’être humain est un animal sociale, constitué de routines et à la recherche de stabilité. Si on est sûr d’une chose, c’est qu’il n’y a rien de tel que le contact humain pour communiquer. Les gens ne seront pas isolés dans un univers virtuel.

L’avenir devra prendre en compte ces enjeux humains. Sinon, on n’a aucune idée à quoi ressemblera le futur. Autant lire de la science fiction.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.