Bore-out, définition d’un concept pas si novateur

Le Bore-out a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps. Révélation pour certains, expression d’un vieux tabou pour d’autres, cette problématique est rentrée dans le sillage du désormais incontournable Burn-out. Le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui relève presque de l’ironie. Ne serait-ce que son nom : comment s’épuise-t-on à ne rien faire ? Kafka n’est pas si loin. Pour être honnêtes avec vous, la bibliographie reste mince au point que l’on s’est demandé si ce terme n’est pas un coup marketing d’un cabinet ou un chercheur en mal de visibilité.

On a donc regardé ce sujet de plus près pour découvrir que le concept repose bien sur des études. Tout débute en 2007 avec la publication d’un livre de deux consultants suisses. Ils estiment que 15% des personnes s’ennuient au travail. Une étude plus récente menée par Christian Bourion l’évalue à un tiers de la population. Alors que les Risques Psycho-Sociaux sont beaucoup mieux définis qu’à l’époque des premiers soubresauts du Bore-out, nous y reconnaissons aujourd’hui de nombreuses familiarités.

Peut-on vraiment parler d’ennui ?

Commençons par un petit rappel : les Risques Psycho-Sociaux (RPS) se caractérisent par la perception d’un déséquilibre entre les contraintes imposées par son activité professionnelle et les ressources dont une personne dispose. Ça génère du stress qui peut devenir “toxique” s’il est amené à durer dans le temps, jusqu’à l’épuisement potentiel.

A la lecture des facteurs récurrents de Bore-out, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec les Risques Psycho-Sociaux : sous-charge de travail, différence entre compétences et tâches à réaliser, difficulté de se positionner dans l’organisation, absence de reconnaissance, perte de sens… Des facteurs que l’on retrouve très bien chez les RPS et qui ne se limitent pas qu’à l’ennui. Il faut y voir une complexité et un enchevêtrement de différents facteurs qui peuvent éventuellement générer du stress.

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La difficulté de ce concept est l’absence de consensus dans sa définition ou de critères d’évaluation précis. Le Bore-out est surtout surprenant par son approche, n’ayant pas forcément l’habitude de prendre le problème dans ce sens. Cela n’en reste pas moins une réalité, bien qu’elle soit difficile à évaluer fidèlement. Nous lui octroyons volontiers la rupture d’un tabou : avoir le sentiment de ne rien faire de concret au sein de son entreprise.

Des salariés inventifs pour dissimuler

Certains salariés se sentent honteux face à cette situation. Comment exprimer cette contradiction lorsque d’autres personnes n’ont pas de travail ? La culpabilisation ou la peur de perdre son emploi amènent les personnes dans ces situations à adopter des stratégies de simulation : on va étirer une tâche le plus longtemps possible, multiplier les micro-pauses, charger son bureau de dossiers, rester plus tard le soir, garder un document professionnel ouvert à l’écran…

On imagine comment certains salariés peuvent s’épuiser à redoubler d’énergie à “paraître”. Faut-il pousser l’ironie à imiter des collègues surbookés qui sont aussi peut-être en train de simuler ?

Il semblerait que les entreprises qui surprennent ces astuces choisissent de renforcer le contrôle dans un premier temps. Bloquer ou filtrer internet devient inefficace à l’heure des smartphones, en plus de créer un climat de suspicion.

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Quelles sont les conséquences

Comme pour les RPS, les sentiments de démotivation, de tristesse, de confiance en soi baissent progressivement, jusqu’à une dépression potentielle. Le stress et la culpabilité peuvent mener vers des troubles psychologiques.

Évidemment, cela touche surtout les salariés qui s’impliquent dans leur travail et souhaitent s’épanouir à travers leur activité. Dans une société qui reste centrée sur des valeurs de travail et de réussite, la réalité du monde professionnelle peut-être une source de déception. Dans ce sens, les jeunes diplômés plein de fougue semblent particulièrement exposés.

Agir n’est pas si simple

D’après nos lectures, il serait facile de confondre le Bore-out avec du harcèlement. Une direction qui met volontairement un salarié au placard en lui donnant des tâches vides de sens ou en faible quantité n’est pas du Bore-out. Le harcèlement est une pratique grave et juridiquement cadrée.

La peur du chômage rend difficile l’expression d’un sentiment d’inutilité ou d’un manque de travail. Courageux celui qui ira voir son responsable pour lui exposer clairement la situation. C’est pourtant la piste la plus susceptible d’aboutir, bien qu’elle soit risquée. Le médecin du travail peut-être consulté et mis dans la boucle, tout comme les représentants du personnel. Egalement, pourquoi ne pas imaginer de nouveaux projets qui stimuleront votre charge de travail et votre enthousiasme ? Dans tous les cas, la tentation de quitter l’entreprise est grande : c’est un acte fort à double tranchant qui doit être mûrement réfléchit et anticipé.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.