Les ceintures dorsales pour porter des charges lourdes, une bonne idée ?

Déformation professionnelle oblige, un récent voyage sur le continent américain a attiré notre attention sur les conditions de travail locales. Surprise : de nombreux salariés exposés à des activités physiques portent des ceintures dorsales.

On ne peut pas dire que les ceintures lombaire soient très populaires chez nous. En dehors des cas pathologiques de rééducation physique, nous ne rencontrons jamais son utilisation dans une visée préventive. Faut-il y voir une pratique à déployer en France ?

Pourquoi la ceinture dorsale semble être une bonne idée

Une ceinture de soutien lombaire est censée maintenir le dos lors des efforts musculaires, tels que des manutentions de charges lourdes. Si l’on réduit la pression sur les lombaires en gardant le buste droit, le port de charge s’effectue plus sainement pour notre pauvre dos.

La simple présence de la ceinture rappellerait également le risque constant des manutentions lourdes, amenant l’opérateur à faire plus attention aux postures employées. De belles promesses sur le papier qui attendent toujours d’être validées scientifiquement.

Des avantages non vérifiés pour une utilisation préventive

Si le cœur vous en dit, lisez l’étude de référence “Black Belt Working Group” de la NIOSH en anglais. Datant de 1994, elle reprend tous les travaux qui ont pu être faits jusqu’alors : l’efficacité des ceintures dorsales ne sont pas prouvées.

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Pour vous la faire courte, certaines études sont contradictoires, et celles qui évoquent des avantages ne permettent pas de déterminer si ils sont assez importants pour avoir un impact bénéfique sur les sollicitations physiques. D’autres études plus récentes ne permettent toujours pas de distinguer de différence viable.

L’utilisation de ceinture lombaire engendrerait même de nouveaux facteurs défavorables. Cela réduirait la mobilité et la souplesse des mouvements, amenant d’éventuelles blessures. La pression à l’abdomen augmente et peut provoquer un accroissement du stress cardiovasculaire. Sur le plan psychologique, penser qu’une ceinture nous protège multiplierait les comportements à risque en essayant de soulever des charges encore plus lourdes qu’en temps normal.

A noter que de nouvelles études semblent contredire la réduction de la force musculaire du dos lors d’une utilisation prolongée de ce type de ceinture. En revanche, l’effet sur les muscles abdominaux semblent avéré, dont la faiblesse peut engendrer des risques d’accident lorsque la personne ne porte pas sa ceinture.

Aux yeux des études actuelles, la ceinture dorsale ne serait donc pas pertinente, même pour des efforts intenses et ponctuels. Le gouvernement canadien va même jusqu’à ne pas conseiller l’utilisation des ceintures lombaires comme Équipement de Protection Individuelle (EPI).

Rien de tel qu’une politique de prévention collective

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S’il faut parler de prévention, d’autres mesures sont à privilégier. L’aménagement collectif des postes de travail doit être une priorité. On pense souvent aux matériels de manutention adaptés et à l’optimisation des espaces de rangement. C’est un excellent réflexe, mais il ne faut pas oublier l’organisation du travail. Par exemple, vous pouvez travailler sur l’entraide entre les salariés, la régulation de la pression temporelle et de la charge de travail.

Nous vous recommandons chaudement d’initier une démarche de prévention collective et participative, par exemple sur la base de votre Document Unique. C’est en mutualisation les connaissances de chaque acteur de l’entreprise que les solutions efficaces apparaissent. Faites appel à votre médecine du travail, ils ont probablement des compétences qui pourront vous accompagner si vous le souhaitez.

Rappelons que cet article analyse l’incidence des ceintures dorsales à visée préventive uniquement. Les cas pathologiques, notamment lors de rééducation, doivent être suivis par des professionnels de santé compétents.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.