[Chronique] Makestorming de Marie-Noéline Viguié et Stéphanie Bacquere

Certains livres vous motivent au point d’avoir envie de lâcher la lecture pour se mettre à l’œuvre. Les mains se hâtent de tourner les pages et, poussé par un élan d’inspiration, vous commencez à apercevoir l’application de ces concepts au quotidien. Emporté par l’attrait de l’innovation, ce sera finalement cette irrésistible énergie d’aller vers l’avant qui vous marquera.

Si vous avez lu La pause café des deux auteures, “Makestorming” respire la même soif du “travailler ensemble” et du “bien faire”. Car l’originalité de la démarche ne doit pas cacher le sens profond du travail collaboratif et qualitatif. Derrière l’approche du hacking, nous y avons surtout vu la remise en cause de notre mode de fonctionnement vieillissant avec la proposition de nouvelles pratiques plus constructives.

L’histoire du hacking corporate

Les cent premières pages du livre détaillent longuement l’acheminement professionnel et intellectuel qui ont amené le concept de hacking corporate. L’insatisfaction du monde du travail a mené les deux auteures vers une rupture dans sa forme traditionnelle. Fortement influencées par la culture informatique, notamment les valeurs nobles du hacking, elles en ont progressivement repris les codes pour les appliquer dans le champs professionnel.

L’intelligence collective, le plaisir avant l’intérêt financier ou le partage d’expériences poseront les futures bases du makestorming. Des premiers accompagnements jusqu’à la formalisation des “sprints”, en passant par la rencontre des autres pionniers qui apporteront leur contribution à l’édifice (par exemple les hacktivateurs), nous suivons avec un certain plaisir cette dynamique nouvelle.

Des exemples inspirants

Pas besoin d’avoir parfaitement conceptualisé le concept pour en appliquer les idées. De nombreuses personnalités les ont spontanément employées, avec un succès bien mérité. Nous ressentons même un plaisir revanchard à les voir dépasser les freins posés par les organisations vexées d’avoir été prises de cours.

Mais cette partie permet surtout de présenter des exemples concrets pour rentrer petit à petit vers les concepts pratiques. On commence à voir grand et y croire à fond. C’est certain : dès qu’on tourne la dernière page de ce livre, on révolutionne le monde.

L’hacktion

C’est la partie que l’on attendait avec impatience. Le concept se laisse découvrir en suivant l’évolution d’un projet : de la mobilisation des troupes à la conception du prototype, en passant par les incontournables réunions (qui ont pris un sacré lifting). Tout est présenté pour penser différemment et construire un projet réussi.

La culture du hacking apporte la cohérence nécessaire pour faire tenir l’ensemble :

  • L’union fait la force
  • La désobéissance pour bien faire
  • L’action plus que le plan d’action
  • “Qui fait quoi” plutôt que “Qui-est-qui ?”
  • A grand pouvoir, grande responsabilité

Ne croyez qu’on va tout vous déballer sur un plateau, cette partie est truffée de fiches conseils et de ressources ludiques : plongez-vous dans le livre pour découvrir chacun des concepts. Vous serez enfin prêt à investir les élites de l’entreprise et vous risquer à faire tomber quelques préjugés. En attendant la révolution, impulser des idées neuves sera déjà une victoire bien méritée.

La finalité n’est pas l’innovation

La tentation de se prendre pour le prochain génie de votre boite est bien compréhensible. Ce serait oublier que la subversion et l’individualité ne sont pas des finalités : elles doivent bien répondre à un sens, un projet commun et l’épanouissement de chacun. Ce ne sont pas des valeurs nouvelles, bien au contraire. La force de ce livre est de nous pousser à réfléchir sur la manière d’y renouer avec de nouvelles approches.

Nous pourrions regretter le développement tardif des concepts sur les 70 dernières pages. Si certains attendaient des tonnes d’idées concrètes et applicables, et elles sont bien nombreuses, le makestorming est surtout une démarche intellectuelle. C’est sortir des codes généralement acceptés pour poser un regard décalé sur l’entreprise. C’est alors que de nouvelles idées émergent.

un ergonome incognito
Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.

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