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    Critique (constructive) de l’open-space

    Les open-space sont devenus un modèle d’organisation qui fait autorité. Trop souvent mis en place sans en anticiper les contraintes, la finalité d’un aménagement en bureaux ouverts est mal définie. Car les open-space sont souvent synonymes d’économie de surface, et donc de budget, sous couvert d’un discours de meilleure communication dans les équipes. Une théorie majoritairement acceptée sans forcément la remettre en cause.

    L’origine du modèle

    Si les bureaux paysagers ont une image américaine, où le modèle a effectivement été massivement adopté, ce sont deux frères allemands qui ont eu cette idée dans les années 50. L’idée était d’ouvrir les espaces pour favoriser les interactions entre les salariés, dans un cadre plus motivant. A l’époque, l’effectif était encore à taille humaine et la décoration était soigneusement agrémentée de plantes et autres éléments artistiques.

    L’idée noble de ces pionniers est rapidement dépassée par la course à l’efficacité. Certaines contraintes liées à la confidentialité et le bruit apparaissent, auxquels les créateurs tentent de répondre par des cubicles ou des panneaux modulables. L’explosion de l’activité tertiaire et des ordinateurs ne cesse d’encourager le développement des open-space.

    Les Français détestent les open-space

    Selon le baromètre Actineo 2015, seuls 20% des Français sont en open-space (39% bureau fermé collectif et 34% en bureau fermé individuel). Un chiffre qui devrait progresser, en espérant ne pas atteindre nos amis Anglais (les 3/4 sont en open-space).

    L’étude de Deloitte et Lessman apportent des statistiques éloquentes: les 3/4 des salariés en open-space se plaignent du bruit et de l’ambiance thermique, et près de la moitié estime que les bureaux paysagers ne favorisent pas une bonne atmosphère de travail. Un salarié sur deux estime que cet environnement le rend moins productif. Logique. Les interruptions, le bruit et le manque de confidentialité ne sont pas vraiment connus pour favoriser la concentration.

    Certes, le sentiment d’appartenance à une communauté s’en sort bien. Parlons justement de cette communauté, car à contrario, elle peut également générer un sentiment de surveillance, de contrôle mutuel et de compétition. Il y a même des chances pour que les plus mauvaises places de l’open-space (dos au passage, à proximité du bureau transparent du chef…) fassent l’objet de convoitises et de jeux d’influence. Le découpage des locaux accentue les ruptures managériales, avec des patrons en bureaux fermés sur d’autres étages. La réalité peut être loin du message véhiculé sur l’interaction entre les personnes.

    Les open-space ne sont pas adaptés pour toutes les activités

    Cette organisation repose beaucoup sur le mythe tenace du travail en projet et en coopération. Comme si l’interaction entre les hommes (et les femmes) était une finalité aveugle, sans réellement en peser la nécessité. Est-ce que tous les métiers ont besoin d’échanger et d’être réactifs au point d’être dans la même pièce ? Est-ce que la priorité d’un comptable est l’échange ou la concentration ? Est-ce que la priorité des ressources humaines est l’interaction ou la confidentialité ?

    Certains métiers comprennent mal les arguments d’ouverture et de proximité car ils ne sont pas forcément nécessaires à leur activité. Tout discours qui viendrait valoriser la coopération est en décalage avec le quotidien des salariés. Difficile d’avaler la réduction de la surface des locaux lorsque les prétendus avantages ne se vérifient pas. Dans ce cas, la méfiance et la résistance des salariés touchés sont les prochaines étapes attendues.

    Les piliers de l’open-space, qui sont les interactions entre les personnes et l’optimisation de l’espace, ne semblent pas avoir fait l’objet d’études quantitatives. Cher lecteur, nous accueillons à bras ouverts toute étude qui confirme que l’information passe mieux en open-space et que l’économie financière est significative. De notre côté, on cherche encore. D’autant plus que les aménagements des open-space modernes et des lieux-tiers nécessaires n’ont pas l’air d’être si économiques que ça.

    Sortir de l’automatisme de l’open-space

    Contrairement à ce que l’article pourrait laisser entendre, nous ne faisons pas l’apologie de l’aménagement opposé, à savoir les bureaux individuels. Le travail a changé et les organisations également. Nous pensons au télétravail et aux formes alternatives qui se développent comme le coworking. Une évolution culturelle et managériale qui reste devant nous.

    L’open-space n’est pas un modèle à jeter. Il doit être mûrement réfléchi et préparé avec des groupes de salariés. En dehors de l’économie d’espace, il faut trouver du sens à cette organisation ouverte, où sa forme n’est pas toujours nécessaire. S’il faut garder une logique d’ouverture, les bureaux collectifs, avec des groupes de 4 à 6 salariés peuvent fonctionner là où de grands espaces ouverts échoueront. De nombreuses recommandations entourent les open-space, rappelons simplement la norme NF X 35-102 qui fait actuellement autorité.

    Parmi la riche bibliographie qui existe sur ce sujet, nous vous recommandons particulièrement l’excellent livre “Faut-il (se) sauver (de) l’open-space ?” de Elisabeth Pélegrin-Genel aux éditions Parenthèses.

    Bien dans mon travail
    Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.

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