La folie des emails professionnels en dehors des heures de travail

Alors là, c’est bien un truc qui nous dépasse. Les salariés sont nombreux à paramétrer leur smartphone pour recevoir leurs mails professionnels. Oui, même leur propre téléphone personnel. Pour pouvoir lire ses mails le soir, le week-end et en vacances, dans un souci d’hyperconnexion, de disponibilité ou de la culpabilisation. Non vraiment, on ne comprend pas.

Certaines professions peuvent le justifier, comme des collègues à l’autre bout du monde ou des commerciaux sur la route. Pour les autres, nous y voyons peut-être le signe d’une confusion terrible entre la gestion des priorités et la dépendance aux informations.

Le droit à la déconnexion

Si de nombreuses entreprises s’inquiètent de la sécurité des emails (Hillary si tu nous écoutes), l’ergonome que nous sommes s’inquiétera davantage de l’équilibre vie pro / vie perso. Selon une étude Eléas en 2016, 37% des actifs utilisent des outils professionnels en dehors du temps de travail. Quelle idée de lire ses mails depuis son nid douillé ? Est-ce que votre patron vous laisse regarder un film au bureau ? Non ! Alors pareil chez vous. On espère au moins que les mails n’apportent pas trop de mauvaises nouvelles, de quoi ruminer toute la nuit…

Parce que c’est bien ce côté volontaire qui nous interpelle. Nous ne nions pas les organisations qui attendent de leurs salariés qu’ils répondent à leur folie de vitesse. Mais il faut bien reconnaître que certains salariés le font volontairement. L’entreprise ne leur avait rien demandé.

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La récente loi sur le droit à la déconnexion officialise une réflexion déjà initiée depuis plusieurs années dans des grands groupes. Cette loi médiatisée ouvre le dialogue, plus que des solutions toutes trouvées. Car la coupure radicale des serveurs est extrême, surtout si un coup de bourre passager est justifié. Une déconnexion contraignante et autoritaire nierait la réalité professionnelle. Nous préférons les solutions progressives. Des journées sans mail par exemple, ou tolérer la lecture des mails mais sans y répondre. En cas d’excès identifiés, une rencontre avec le N+1 ou N+2 peut être justifiée.

Pas nécessaire la plupart du temps

Pour un mail reçu à 20h, quelle différence cela change de répondre à 20h05 le soir même ou le lendemain à 8h30 ? Votre interlocuteur zélé fait ce qu’il veut de sa vie perso, mais cela a de grandes chances de n’avoir aucun impact : votre mail sera traité le lendemain matin de toute façon. Le quotidien nous fait parfois perdre le sens des urgences. La réactivité est placée en dogme. Une tâche importante devient urgente. Et tant pis pour les priorités.

Nous ne savons pas pour vous, mais de notre côté, aucun travail ne justifie de prendre l’ascendant sur la qualité de ses relations avec sa famille, ses enfants ou ses amis. Gérer régulièrement ses mails de chez soi réduit les liens interindividuels. Alors bien sûr que c’est parfois justifié. Mais nous n’accepterons aucune excuse sur la consultation régulière des mails le soir sur le long terme. Sauf si vous voulez trouver une bonne excuse pour ne plus parler à votre conjoint.

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Laissez-vous tranquille

L’hyperconnexion est un certainement un symptôme lié à notre époque. Nous sommes certains que les gens qui reçoivent leurs mails professionnels sur leur téléphone personnel sont aussi ceux qui se jettent sur chaque notification Facebook ou SMS. Le monde tourne sans vous : cessons de se culpabiliser avec des obligations abstraites. Arrêtons de vouloir être le salarié modèle, dédié corps et âme à la vie de l’entreprise, dans l’espoir hypothétique d’être reconnu par la suite.

Il suffit de fermer son téléphone pour s’apercevoir que rien ne se passe. Que l’information se renouvellera de toute façon, et qu’au milieu de ça, notre voix est bien modeste. Une raison de plus pour s’écouter. Surtout si elle vous souffle de lever le pieds, d’une petite voix épuisée.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.