Envisager une reconversion professionnelle : interview de Noëmie Martin-Pascual, co-fondatrice de Bloomr

Qui n’a jamais pensé changer de métier ? Une lassitude professionnelle ou un contexte morose peuvent faire émerger des idées qui ne sortent plus de l’esprit. L’envie d’ailleurs. Prendre des risques et la découverte de nouvelles aventures. Sauf qu’il y a un fossé entre l’idée et sa concrétisation. Se lancer dans l’inconnu est source d’angoisse et de peur. Et si l’on n’était pas à la hauteur ? Si l’échec nous attendait ? Autant de raisons qui nous tétanisent et qui peuvent nous empêcher d’avancer. N’ayant aucune idée des réponses, on a posé ces questions à une vraie spécialiste : Noëmie Martin-Pascual, la co-fondatrice de Bloomr. Et ses réponses sont passionnantes.

La reconversion professionnelle se pose de plus en plus dans un monde du travail qui ne cesse d’évoluer. Les CEP et bilans de compétence accompagnent les salariés qui souhaitent s’inscrire dans cette démarche. Parmi les solutions innovantes, Bloomr propose de faire le point sur sa situation professionnelle par un jeu d’une vingtaine d’exercices. Ludique et efficace, c’est une belle opportunité de mieux se connaitre et savoir où l’on souhaite aller. Une communauté en ligne est disponible à tout moment pour poser des questions, et confirmer l’adage : “Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”.

Pour commencer, qu’est-ce qui vous a motivée à créer Bloomr ?

Chacun des six co-fondateurs de Bloomr s’est retrouvé à créer Bloomr pour des raisons différentes. Certains, passionnés par leur job, avaient envie de transmettre leur enthousiasme. D’autres étaient plutôt motivés par le fait qu’ils étaient eux-mêmes dans une période de réflexion sur leur propre vie professionnelle.

Ce qui est sûr c’est que nous sommes tous animés par une conviction et des valeurs communes : que s’épanouir au travail c’est non seulement possible, mais aussi une source incroyable d’énergie. Que si tout le monde pouvait trouver sa place professionnelle, les individus et le monde en général s’en porteraient certainement mieux et que c’est à la portée de tous d’y parvenir. Nous croyons aussi beaucoup à la force de l’optimisme, du collectif, de la transmission pour s’aider à avancer et à trouver des réponses les uns les autres.

C’est pour contribuer à ce qu’un maximum de personnes s’épanouissent dans leur travail qu’on a créé Bloomr autour de ces valeurs et conçu des outils accessibles au plus grand nombre.

La joyeuse équipe de Bloomr

Quels sont les signaux qui interrogent une prochaine reconversion professionnelle ? Comment distinguer les lassitudes passagères des besoins personnels profonds ?

L’objectif de Bloomr n’est pas tant de permettre à chacun de révolutionner sa vie professionnelle, mais plutôt de fournir une méthode et un guide pour apprendre à s’orienter tout au long de sa vie. Autrement dit, quand on sent que quelque chose sonne faux dans son travail, qu’on n’est plus tout à fait en phase, aligné avec ce que l’on fait, l’idée est de prendre le temps de se poser pour voir ce que cela cache, sans attendre que le problème prenne trop d’ampleur.

Je pense qu’il ne faut pas ignorer les signaux, même s’ils ne semblent pas alarmants, parce qu’ils sont toujours la traduction d’un besoin personnel.

En revanche, la réponse à apporter ne sera pas forcément d’opérer un changement radical. Parfois le fait de changer d’environnement, d’équipe, de manager ou de rythme tout en continuant à faire le même métier peut suffire à retrouver l’envie d’aller travailler. Parfois le changement peut être à l’intérieur de soi : on peut changer sa propre manière de travailler en s’autorisant à faire son métier différemment pour prendre en compte ses appétences et ses talents ou adopter un autre angle d’approche sur la situation.

Ce qui compte surtout c’est d’être à l’écoute de soi, de ses élans, de ses réactions et de ses aspirations pour détecter dès qu’on commence à dériver et pouvoir réagir avant de se laisser submerger.
Beaucoup de personnes se reconvertissent suite à un burn-out ou une dépression. Je pense que lorsqu’on a intégré les mécanismes pour se poser les bonnes questions au bon moment et pouvoir agir en fonction, cela aide à prendre de nouvelles directions lorsque nécessaire, sans attendre d’être dans une situation extrême.

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De nombreuses personnes cherchent leur voie en elles-mêmes. Pourtant, votre communauté et vos exercices apportent une plus-value certaine, ne serait-ce qu’en terme de méthodologie. L’aide extérieure n’est-elle pas le secret d’une démarche pleinement aboutie ?

Les deux ne sont pas incompatibles. Bloomr est justement un guide pour chercher sa voie en soi-même. Nous partons du principe que chacun est le mieux à même de trouver les réponses les plus pertinentes pour soi. Personne ne peut dire “je peux te garantir que toi, tu es fait pour tel ou tel métier”. Tout comme il n’y a pas, à ma connaissance, de méthode miracle qui permettrait de déterminer à coup sûr le job fait pour nous. Le travail d’introspection, d’exploration est nécessaire.

Là où l’aide extérieure est précieuse c’est d’une part pour donner un cadre et apporter les bons outils pour mener cette réflexion de manière efficace et sereine. C’est une réflexion difficile, beaucoup d’entre nous n’ont jamais appris, voire ne se sont jamais vraiment autorisé, à s’interroger sur leurs envies, leurs talents, ce qu’ils ont à offrir ou comment ils imaginent leur vie professionnelle. On peut facilement se décourager si on ne trouve pas les réponses tout de suite, si le déclic met du temps à venir. Un outil comme le programme Bloomr permet de poser des jalons pour orienter la réflexion et d’éviter de trop se disperser. Il permet aussi, grâce à la communauté, d’échanger avec d’autres personnes qui peuvent servir de miroir et alimenter la réflexion.

D’autre part, les autres servent de source d’inspiration. L’éventail des métiers est si vaste que c’est impossible de tous les connaître. Et puis bien souvent, un libellé de métier ne dit pas grand chose. Prenons le métier d’ingénieur : ça veut tout et rien dire. Il y a une multitude de façons d’être ingénieur. L’échange avec ceux qui pratiquent ces métiers permet de mieux comprendre ce qui se cache derrière un titre, un libellé, de mieux cerner les métiers et appréhender les enjeux derrière, de comprendre aussi comment un ingénieur heureux perçoit son métier en comparaison avec la fiche de poste classique, et ainsi d’identifier ce qui nous attire ou pas.

Un programme rempli d'exercices

Un programme rempli d’exercices ludiques

Changer de métier est un pari. Prendre des risques aussi personnels que financiers fait peur. Comment dépasser ces craintes ?

Ah, la grande question ! Bien sûr, choisir une direction quelle qu’elle soit comporte toujours des risques. Et si je n’y arrive pas ? Et si ça ne me plait pas ? Et si je n’arrive pas à gagner ma vie ?

Je pense qu’à un moment donné, il faut réussir à se jeter à l’eau. On peut préparer son saut en amont pour évaluer la hauteur du plongeoir, la température et la profondeur de l’eau, la présence de quelques bouées à proximité au cas où… Par exemple, on peut évaluer les risques financiers que l’on peut se permettre en étudiant ses besoins, ses dépenses et ses économies, on peut étudier les débouchés, rencontrer des professionnels pour en savoir un maximum sur le domaine qui nous intéresse, etc. Mais à un moment donné, je crois qu’il faut mettre la tête en sourdine et laisser parler le cœur et les tripes, et savoir se faire confiance. Quel est le plus grand risque ? De passer un an ou deux dans une sobriété heureuse plutôt que de couler lentement vers un potentiel burnout ou une dépression.

Chez Bloomr, on aime bien dire que la vie professionnelle est comme une aventure. Bien sûr que c’est sérieux, qu’il s’agit de gagner sa vie, mais en même temps, on peut aussi le considérer comme une sorte de jeu : on teste, on expérimente, on explore, on bifurque, on suit ses envies et on apprend en chemin.

La reconversion exprime souvent une envie. Mais quand cela devient une nécessité, par exemple des débouchés limités dans son secteur, comment faire le deuil et trouver l’énergie pour se projeter à nouveau ?
Beaucoup d’inscrits entreprennent le programme Bloomr suite à un licenciement, un burnout, ou une maladie qui les a forcé à remettre en question leur vie professionnelle. Comme vous le dites, il y a un travail de deuil à faire, d’autant plus compliqué si on s’épanouissait dans son travail. Peut être un peu comme on le ferait après une rupture amoureuse. Je pense qu’il y a un temps incompressible de repos à s’accorder, pour “digérer” la situation, s’autoriser à prendre le temps de faire le point, de se recentrer sur soi. C’est une sorte de période de jachère qui permet d’accepter la nouvelle donne et de se remettre en marche.

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Bloomr permet justement d’être davantage préparé à ces futurs revirements en intégrant des outils transférables et adaptables qui pourront servir tout au long de la vie professionnelle et qui s’appuient sur l’idée que plus on se connait, plus on peut avancer sur “comment” plutôt que “quoi”. On fait le pari que plus on est centré et aligné, moins on sera perturbé par les turbulences de la vie professionnelle.

Si on a du mal à abandonner un métier parce qu’il nous tient trop à cœur, on peut aussi se dire qu’à défaut de pouvoir en vivre, on peut continuer à exercer un métier comme passe temps ou comme bénévole ou se mettre à l’enseigner ou à le transmettre.

Donner du sens à son métier apparaît souvent dans vos articles. Pensez-vous que le monde du travail se vide de ses valeurs et de ses repères ?

Non, pas vraiment. Je pense qu’on vit de grands bouleversements dans le monde du travail qui bougent les lignes et les codes établis. Il y a quelques années, pour beaucoup, l’idéal à atteindre était de trouver un bon poste dans une grosse boite, de gravir les échelons, d’avoir des responsabilités, un bon salaire… Aujourd’hui on s’est rendu compte que cet idéal générait beaucoup de stress, que les entreprises imposent souvent des rythmes qui vont à l’encontre de notre écologie, de notre fonctionnement naturel, que la façon de manager ne se fait pas toujours dans le respect des individus…bref que privilégier le confort matériel plutôt que l’épanouissement professionnel engendre pas mal de mal être.

Le monde du travail ne se vide pas de ses valeurs et de ses repères mais est plutôt en train d’en créer de nouveaux, qui replacent l’individu au centre, avec cette idée que nous avons le devoir de contribuer positivement au monde et que la meilleure façon d’y arriver c’est en trouvant notre place, en faisant quelque chose qui nous épanouit.

Le modèle traditionnel qui part du principe que chaque rôle doit être cloisonné et que la productivité passe par le commandement et le contrôle est devenu obsolète. On refuse désormais d’obéir au doigt et à l’oeil et de s’exécuter sans poser de questions parce que c’est ce qui mène bien souvent à une perte de sens au travail.

Heureusement, je crois que l’idée que rentabilité et plaisir puissent être compatibles fait son chemin, avec de plus en plus d’entreprises qui comprennent qu’en favorisant le bien être de leurs salariés, elles assurent aussi une plus grande efficacité et qui prennent aussi la mesure du coût du désengagement des collaborateurs. Elles réalisent qu’elles ont donc tout intérêt à mettre en place des stratégies centrées sur l’épanouissement des salariés pour retenir leurs talents.

Par ailleurs, je ne crois pas que “le sens” se trouve à un seul endroit, que certains métiers soient générateurs de sens et d’autres non. Au final, il s’agit plutôt d’identifier ce que ça veut dire pour chacun, et de se débarrasser des idées reçues, des attentes, de la pression sociale, pour construire son propre chemin comme on l’imagine et trouver un environnement propice à son développement et en phase avec ses valeurs. C’est est à la fois réjouissant et porteur d’espoir !

Nous tenons à remercier Noëmie d’avoir accepté de nous accorder du temps. Nous ne pouvons que vous conseiller de découvrir leur démarche sur le site de Bloomr, aussi inspirante et motivante que sa créatrice.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.