Pour en finir avec les stéréotypes du stress au travail

Le stress au travail induit souvent l’idée de salariés « victimes », qui subissent passivement le rouleau compresseur de la politique d’entreprise. La représentation courante du salarié perdu au sein de son organisation va pourtant à l’encontre d’une tendance vers la valorisation de qualités individuelles comme l’expérience, l’inventivité ou la capacité à résoudre des problèmes.

Le stress n’est pas exclusif à notre époque

Les innovations techniques ont modifié le marché du travail pendant toute l’histoire de l’humanité. La grande dépression aux Etats-Unis est la pire crise économique du 20e siècle, bien plus grave que la crise de 2007. Charlie Chaplin arrivait déjà à traduire l’aliénation du Taylorisme dans les Temps Modernes. Un mineur risquait sa vie à tout moment à 900 mètres de profondeur suite à un éboulement ou une explosion. Vous trouverez sans doute des tonnes d’exemples : le stress a toujours existé.

Une conceptualisation récente

C’est Christophe Dejours, célèbre psychiatre et psychanalyste, qui a contribué aux travaux sur la souffrance au travail depuis les années 80. Le succès critique et médiatique de ses ouvrages ont décomplexé un sujet encore tabou pour l’époque, et c’est tant mieux. Le concept a malheureusement été simplifié par les médias.

Des clichés qui viennent perturber la compréhension

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S’il y a bien un truc qui nous énerve, c’est l’image simpliste du mauvais employeur contre le gentil salarié : il y a des vilains dans les deux camps. Bonne nouvelle, ces vilains sont même en minorité.

Un autre cliché qui nous agace, c’est la récurrence de termes creux, comme la reconnaissance, le management ou la communication, jetés comme des pierres pour acculer la direction. Donnez une autonomie totale à un salarié et vous verrez qu’il va rapidement s’épuiser. Faites régulièrement des réunions d’information et on vous reprochera de perdre du temps. Enfin, la reconnaissance est souvent réduite à l’augmentation de salaire.

Ces clichés servent parfois de prétextes à des conflits sociaux, qui viennent malheureusement biaiser la compréhension de l’organisation. La situation de travail est bien entendu beaucoup plus complexe, avec des subtilités qui échappent le plus souvent aux salariés.

Sortir des stéréotypes

Sortir des discours faciles est la première étape. Les salariés sont actifs dans leur travail : ceux qui pensent qu’un adulte est passif au sein d’une organisation portent sans doute un regard infantilisant sur ses concitoyens. En situation de stress, l’employeur et les salariés sont co-responsables. Un collègue qui déforme l’information, instrumentalise ses collègues pour avoir leur soutien, ragote à longueur de journée, ou qui n’avertit pas sa direction qu’un salarié est en situation de souffrance doit aussi comprendre qu’il a un rôle non négligeable.

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Le monde du travail est un monde inégal et bourré de difficultés. Les règles sont tellement nombreuses et implicites que toute simplification doit paraitre suspecte. Les Risques Psycho-Sociaux demandent une analyse approfondie, allant de l’histoire de l’entreprise jusqu’au contenu du travail. En attendant, essayez d’analyser comment votre travail vous nourrit et comment il répond à vos besoins. Si vous percevez un décalage, agissez.

Photo par Nicki Mannix

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.