Génération Y, un concept erroné

La génération Y envahit progressivement les entreprises. Et qui dit nouvelle génération, dit nouvelle culture. Pour certains, les jeunes salariés ne seraient que des glandeurs qui passent leur journée sur Facebook. Ce n’est pas dit comme ça, mais c’est tout comme. On leur reproche un tas de choses : leur manque de motivation, l’absence de rigueur, l’individualisme, et ce qui semble énerver tout le monde, une vie tournée autours du numérique. Mais le regard porté sur eux ne serait-il pas erroné ?

Une tentative de définition

La génération Y désigne les personnes nées entre 1980 et 2000. C’est une génération qui n’a donc pas connu la musique des années 80. Comme quoi, ils n’étaient pas si mal partis dans la vie. Elle suit la génération X, née entre 1960 et 1980, qui succède elle-même aux baby-boomers. Ces personnes n’ont jamais connu la moindre menace de guerre mais le contexte social reste morose. Seule la révolution numérique semble porter l’espoir d’un large accès à la connaissance. Les cercles traditionnels comme la religion et la famille perdent leur influence. La génération Y prend en marche un monde du travail fragile, dont la transformation s’accélère.

Un terme stigmatisant

Par définition, chaque génération est différente des précédentes. Le terme “génération Y” n’exprime rien d’autre qu’un fossé générationnel. A l’image des parents qui disent que les adolescents sont irresponsables et infantiles, le terme peut cacher la condescendance d’une population plus âgée qui n’en comprend pas les codes. De nombreux collègues ne leur laisseront pas la chance d’exprimer leurs talents. La condamnation précipitée d’une jeunesse qui n’a jamais profité de l’ascenseur social ou d’un marché du travail stable.

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Des profondes valeurs

Dans le travail, ces jeunes salariés seront en quête de sens, la valeur du travail prend une tournure éthique. S’ils sont ambitieux, les concepts d’épanouissement et de réussite à long terme ont été piétinés en regardant le parcours de leurs parents. La désillusion vis-à-vis du monde a généré une certaine distanciation. C’est sans doute ce qui pousse certaines personnes à penser qu’ils se moquent de tout. La génération Y déteste l’hypocrisie et les faux-semblants. Ils apprécieront les compétences et l’attitude sincère de leurs interlocuteurs, alors qu’ils ne pardonneront pas les mensonges ou les décisions autoritaires basées sur un statut hiérarchique.

Des études qui réfutent la théorisation de la génération Y

La génération Y a fait l’objet de plusieurs études, dont la méthodologie est remise en doute. Les chercheurs s’accordent pour lui donner une dimension sociale, avec des traits de caractères récurrents. En revanche, aucune preuve semble conforter leur distinction dans le milieu professionnel. La génération Y serait même proche des valeurs de la génération X, leurs aînés. L’effet de contexte, les études ou le milieu familial ont plus d’influence que l’âge. En entreprise, la génération Y serait surtout une idéologie managériale.

Le grand gagnant est…

La génération Y est davantage un concept stéréotypant qui va mener les managers à projeter leurs propres limites. A travers ce prisme, le concept interroge le management dans sa globalité, ce qui est peut être le point positif. C’est l’occasion de réfléchir sur l’organisation du travail et de l’améliorer. Mais alors, qui gagne à ce petit jeu qui fait couler beaucoup de pixels ? Les formations et les livres sur la génération Y se vendent comme des petits pains…

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Photo par Sam Friedman

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.