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    “Je ne suis pas au courant” : la fausse bonne excuse

    Après avoir décortiqué la célèbre expression “je n’ai pas le temps“, qui est la plupart du temps une variante diplomate de “je n’ai pas envie”, une autre expression est farouchement utilisée à toutes les sauces. Son utilisation systématique nous horripile au plus haut point. Pas de suspens puisque vous avez lu le titre : il s’agit du fameux “je ne suis pas au courant” (prononcer “ch’ui pas au courant”). Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes personnes qui utilisent ces deux formulations.

    Car “je ne suis pas au courant” s’accompagne généralement d’une mine exagérément surprise et d’un ton semi-accusateur. Une façon de s’exonérer de toute responsabilité, tout en reportant la faute sur le bon vieux manque de communication. Un classique.

    Le modèle de l’entonnoir de la communication

    Communiquer au sein d’une entreprise est extrêmement difficile. Il suffit de reprendre le modèle de l’entonnoir de la communication pour s’apercevoir que toute information déjà descendue peut être mal comprise.

    Un mail envoyé doit être lu. Rien que ça, chacun sait à quel point les mails sont mal suivis ou traités en diagonal. Personne ne peut blâmer les dizaines de mails à traiter chaque jour. Chaque message ne peut bénéficier du même temps de traitement, et donc d’assimilation. La mémoire prend le relais, avec la rétention diminuante du message délivré au cours du temps.

    L’expression d’une insatisfaction

    Le doute est donc tout à fait permis. C’est l’attitude qui accompagne l’expression du “je ne suis pas au courant” qui éveille notre curiosité. Nous remarquons que les auteurs ont souvent un ressenti vis-à-vis de leur direction. Ou du moins un positionnement dans l’entreprise qui ne les satisfait pas. Au-delà du mécanisme de défense, c’est peut-être l’expression maladroite d’un malaise quant au travail.

    Nous distinguons alors deux profils. Les salariés qui profitent de l’opportunité pour suggérer l’incompétence de leurs dirigeants, décidément incapables de faire bon usage des puissants outils de communication à leur disposition. Et les salariés qui réagissent au quart de tour et qui trouvent l’excuse toute trouvée d’un manque d’information pour ne pas être pris en faute.

    Une responsabilité vis-à-vis de l’information

    Evidemment qu’il existe des loupés de communication dans les boites. Personne n’est parfait et nous sommes partisans d’un peu plus de clémence face à l’erreur. Chacun peut prendre acte de l’information encore inconnue jusqu’à maintenant, sans réaction accusatrice.

    Dans une entreprise où la culture est le fruit de son collectif, tous les collaborateurs sont des éléments clés dans la diffusion de l’information. Nous devrions avoir l’humilité d’oublier une information exprimée en réunion ou par mail, sans avoir à réagir négativement et générer un climat de doute. Tout salarié devrait consulter les outils à disposition, comme un intranet, sans prétendre méconnaître une information, puis argumenter sans rougir qu’on n’a pas le temps de consulter le site internet ou les mails. Une belle pirouette qui déconcerte la personne qui a réellement communiqué…

    La communication est trop souvent perçue comme passive et due. Nous pensons qu’elle doit aussi faire l’objet d’une démarche active pour aller la chercher. Bien choisir ses sources et ne pas relayer d’information non viable est la responsabilité de chacun. Car s’il est possible d’écouter d’une oreille distraite les derniers ragots de son collègue de bureau, il est plus sain de manipuler ces informations avec des pincettes et de ne surtout pas les propager sans les vérifier. On est à deux doigts du travail journalistique.

    Un salarié n’est pas censé tout savoir

    Il existe une tendance à vouloir tout savoir. Internet nous a permis d’accéder à tout un champ de connaissances à portée de smartphone. Les réseaux sociaux propagent les actualités à une vitesse folle. Nous vivons dans une société d’information qui s’actualise constamment. Nous serions tentés d’attendre la même réactivité de nos entreprises. Une décision à peine prise en haut lieu devrait presque être connue de tous dans la journée. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui cherchent à la court-circuiter, entraînant logiquement certains travers. Mais cette course à la vitesse ne peut pas s’appliquer au monde professionnel. Et puis l’information doit-elle systématiquement être diffusée ?

    Attendre d’une entreprise qu’elle communique parfaitement et sans couac est une utopie. De même, un salarié n’est pas censé tout savoir. Cela laisse logiquement tout un champ d’interprétations possibles. La nature ayant horreur du vide, ce sera ragot ou frustration. Nous avons encore de belles et longues années de “je ne suis pas au courant” qui nous attendent.

    Bien dans mon travail
    Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.

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