Le manager, ce super-héros

Avant les années 80, c’était plutôt facile d’être manager: les trente glorieuses et le paternalisme ambiant rendaient les choses simples. La psychologisation de notre société, la mondialisation et la récente crise ont redistribué les cartes: aujourd’hui être manager équivaut à être un super-héros des temps modernes. Les formations et les livres foisonnants qui prônent des méthodes miracles de management sont les témoins d’un statut à la recherche de son identité. Petit portrait du manager de proximité.

Une liste de qualités digne de Chuck Norris

On attend à peu près tout d’un manager: être le meilleur dans son domaine, maîtrisant les relations humaines, fin stratège, visionnaire, d’humeur toujours égale et enthousiaste, proche de son équipe mais ferme, source d’inspiration, orateur exceptionnel, une oreille attentive et toujours disponible… Bref, un super-héros. Et tout le monde sait que ça n’existe pas.

Le mauvais poste pour être aimé

Prendre des décisions, s’affirmer, mener des projets, poser des limites… L’autorité nécessaire d’un manager ira forcément à l’encontre des intérêts de certaines personnes. C’est une position qui suscite de la jalousie et des attaques. On oublie trop souvent que les managers sont les salariés les plus touchés par le stress.

Le cul entre deux chaises

Est-ce qu’un manager de proximité fait parti de la direction? La vraie direction, celle qui décide? C’est difficile de répondre, lui qui a un pied sur le terrain et un pied dans la hiérarchie. Quand ça se passe bien, le manager est dans la même ligne que ses supérieurs qui l’appuient et qui l’intègrent dans les décisions. D’autres managers n’ont pas cette chance et se retrouvent à appliquer des décisions et des valeurs qu’ils ne partagent pas. Dans ce cas, soit le manager résiste face à sa hiérarchie, ce qui demande un certain courage et de mettre en péril sa réputation, soit il applique la décision en étant le premier impacté de la foudre de son équipe.

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Changer de point de vue

Toutes les subtilités de l’entreprise ne sont pas dans les mains du collectif, un manager possède des informations que les salariés n’ont pas accès. Du point de vue des salariés, ça donne une compréhension incomplète de certaines situations. Par exemple, un salarié au cœur d’une affaire peut propager sa vision subjective ou volontairement lacunaire: endosser le rôle de la victime est toujours la position la plus confortable pour avoir le soutien de ses collègues. C’est toujours étonnant de voir que les vieux schémas de la lutte des classes existent encore.

Un cheminement personnel

Etre manager interroge de nombreux traits qui construisent notre personnalité: faire face aux critiques, devoir prendre du recul, affirmer ses idées, apprendre à écouter, développer son empathie… Le manager ne sera jamais un super-héros, mais un manager qui prendra son rôle au sérieux deviendra sans doute une meilleure personne.

Photo par Iko

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.