La mode du “Comment travailler avec des cons”

C’est la tendance du moment. Travailler avec des cons s’affiche sur de nombreuses couvertures de livres et les articles pullulent. Les auteurs auraient tord de se priver de titiller la condescendance en chacun de nous. Reconnaissons-le, la forme est souvent humoristique et provocante, avec une pointe d’auto-dérision. Mais le lecteur ne serait-il pas tenté d’y croire un peu, quand même, que les autres sont des cons ? Car le terme est loin d’être anodin, malgré la légèreté qu’on aimerait lui donner. Un glissement de langage qui ouvre la porte du mépris.

La banalisation de la culture du mépris

Les articles sur Travailler avec des cons n’inventent rien, le mépris n’est pas né de la dernière pluie. Ils apportent surtout une certaine visibilité à un courant qui vise à déprécier les autres. Dénigrer ses responsables et moquer les pseudo glandeurs se banalise, avec une complaisance qui participe à la dégradation des ambiances de travail.

Une sorte de mépris décomplexé qui accompagne la tendance généralisée de la moquerie sur internet, des médias qui diffusent des conflits en continu ou de certaines entreprises qui licencient malgré leurs bénéfices arrogants (la liste est longue, faites-vous plaisir à rajouter ce que vous voulez). En parallèle, c’est également assumer des idées de repli de soi, de réussite personnelle et de méfiance des autres.

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Des représentations ancrées

On s’amuse à l’idée d’imaginer deux collègues qui se détestent mais qui lisent le même livre sur les prétendus cons, sans jamais se remettre en question. Or c’est bien connu, le collègue qui prend les gens pour des cons possède lui-même une réputation désastreuse. On est tous le con de quelqu’un d’autre de toute façon.

Ce mépris n’est pas forcément orienté vers un autre groupe de salariés, un autre service par exemple : cela aurait pu expliquer la défense de valeurs et d’identité communes. Ce n’est même pas le cas. Les membres d’un même groupe peuvent se tirer dans les pattes. Certaines personnes y voient peut-être un exutoire de leurs frustrations professionnelles ou personnelles. Peut-être que c’est l’envie d’une reconnaissance des paires et de la hiérarchie. Peut-être des tonnes de possibilités. Bien malin celui qui trouvera l’explication. Nous, on baisse les bras.

Faire le choix de l’humilité

Un collègue nous a dit un jour “Quand j’arrive dans mon bureau le matin, je dépose mon orgueil avec mon manteau”. Sans renier ses valeurs et ses croyances, il faut y voir une posture d’humilité : l’humilité de ne pas être parfait et d’être tolérant aux défauts des autres. Avec une dose d’empathie et de compréhension, on pourrait presque découvrir que les “cons” sont bien plus en détresse qu’on ne le pense.

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Il n’y a aucune noblesse à se mettre en valeur au détriment d’autrui. Respecter le collègue qu’on aurait volontairement qualifié de con est un choix qui nous appartient. C’est faire le choix de dépasser tout ce bordel. Et d’avancer.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.