N’employez pas le mot “harcèlement” à la légère

Il y a des mots qui entrent dans le langage courant, utilisés à tord et à travers. Le terme “harcèlement” en fait partie. On entend ce mot avec une facilité désarmante, popularisé par des médias qui en ont stéréotypé la définition. Mais attention, nous ne sommes pas en train de nier une réalité: le harcèlement moral et sexuel sont des agissements méprisants qui existent malheureusement dans nos entreprises. Nous souhaitons plutôt redonner sens à un terme trop souvent inadapté.

Un terme juridique

L’article L1152-1 du code du travail encadre la définition de harcèlement moral: “aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel“.

Le harcèlement sexuel se définit par la même logique, avec des propos et des comportements à connotation sexuel répétés.

Une banalisation du terme face à des situations difficiles

Vous l’avez compris, le harcèlement est beaucoup trop grave pour en banaliser l’expression dans le langage courant. Beaucoup de personnes confondent harcèlement moral avec l’exercice normal de l’employeur. Combien de fois a-t-on pu entendre qu’un salarié est harcelé parce que son manager l’a relancé 5 fois pour un rapport à rendre ou parce qu’un directeur contrôle davantage son travail suite à des fautes commises. Le risque de cette utilisation abusive est d’atténuer l’impact du mot ou de décrédibiliser l’accusation.

Lire aussi :  Travailler avec un collègue insupportable

Les situations aussi sont complexes. La définition juridique peut amener certaines interprétations, qui laissent la porte ouverte à des circonstances explicatives. Non, un collègue qui fait une seule blague de mauvais goût en public n’est pas forcément un obsédé sexuel. De nombreuses accusations de harcèlement proviennent aussi de personnes… harceleuses. La victime n’est pas toujours celle que l’on croit.

Des situations à dénoncer et des accusations qui peuvent faire mal 

Alors la prochaine fois que vous entendrez le mot “harcèlement”, n’ignorez pas cette remarque: écoutez cette personne, demandez les circonstances, la fréquence des agissements, les conséquences sur son état moral et physique… Si vous avez un doute, n’hésitez pas à dénoncer la situation (à votre employeur, votre médecin du travail…). Si le terme est employé par facilité, remettez votre interlocuteur à sa place, c’est exactement le genre d’accusation qui peut blesser la cible et dégrader l’ambiance de travail.

Illustration par Alvaro Tapia

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.