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    Nos collègues travaillent moins que nous

    Alors que je prenais le métro en rentrant du boulot, j’ai malgré moi surpris une conversation peu flatteuse. Mes voisines de quai parlaient d’un de leurs collègues, dont le portrait était refait pour l’année. La curiosité est un vilain défaut dont je ne souhaite pas encore me séparer : je n’ai pas perdu une miette de leur échange croustillant.

    La personne ciblée ne semblait pas assez bonne en quoi que ce soit. Fainéant, sa charge de travail était décidément bien légère comparée à mes deux voisines, bien plus méritantes que cet énergumène. Le salarié en question était de mauvaise foi, ajouté d’un sacré tire-au-flanc qui se trouvait toujours des excuses toutes trouvées pour en faire le moins possible. Vous voyez le genre.

    Loin d’être un cas isolé, on entend beaucoup trop souvent ce type de remarques dans notre quotidien. Si de nombreux de salariés pensent que leurs collègues en font moins qu’eux, ça révèle sans doute un biais intéressant. Dans un milieu aussi compétitif que le monde professionnel, la question de l’expression de la charge de travail sous-tend des questions auxquelles nous devrions être plus vigilants.

    Une forme de condescendance

    Pour nous, toute critique non-constructive remplit une fonction de dénigrement dans le but de valoriser sa propre personne. Le salarié pourrait réellement être un fainéant avec une charge de travail inférieure, amener le sujet sur la table avec autrui ne revient qu’à conforter notre mérite individuel. En parler auprès des proches collègues permet de consolider le soutien social et la reconnaissance à l’intérieur de son propre groupe de valeurs.

    Dans ces échanges, le fond est rarement approfondi. Les exemples partiels et sélectifs s’enchaînent sans vraiment apporter de valeur ajoutée. Qu’on oublie la neutralité et l’objectivité, la conversation ne vise pas la recherche de pistes d’amélioration au sein de l’activité ou auprès du collectif de travail. La forme discutable de la critique, avec des rires sarcastiques et des commentaires cassants, n’est finalement le reflet que de sa propre frustration.

    La méconnaissance du travail des autres

    Les critiques liées à la charge de travail apparaissent souvent entre différentes équipes. Une solidarité élémentaire reste possible au sein d’un même collectif, où certaines valeurs sont partagées. Les services extérieurs sont donc des cibles idéales. Ce sont même souvent des fonctions supports isolées, comme le service informatique, les ressources humaines ou les services généraux.

    On devient coupable dès qu’on oublie de prendre un air plaintif et épuisé.

    Pourtant, il suffit d’avoir un pied dans ces services pour comprendre que des tonnes de tâches arrivent de façon régulière, quitte à réorganiser constamment leur activité, prioriser les tâches et perdre en réactivité. Les stéréotypes prennent la suite. D’ailleurs, s’ils traînent autant à la machine à café, c’est qu’ils ont le temps. On les a même vus rigoler. Et tant pis si ces quelques minutes de décompression les font sortir un instant de leur charge de travail : on devient coupable dès qu’on oublie de prendre un air plaintif et épuisé.

    Chacun étant spécialiste de son propre domaine, ayons l’humilité de ne pas avoir toutes les clés pour comprendre les exigences auxquels les autres font face. Et si les tire-au-flancs existent, ils restent heureusement minoritaires : offrons-leur le bénéfice du doute et évitons de dégrader la réputation des autres sans plus de considération.

    La valeur de notre parole

    Notre parole peut avoir des portées malheureuses, sans que les justifications soient systématiquement légitimes. Les mots peuvent faire des dégâts qui nous dépassent et leur impact est difficile à réparer une fois que le mal est fait. Les salariés qui colportent des messages injustifiés diffusent une forme de poison qui porte préjudice à toute l’entreprise. Chacun a déjà fait l’expérience de critiques qui se sont envolées après une bonne discussion, avec un sentiment de culpabilité persistant lorsque les conclusions formulées trop hâtivement se sont révélées infondées.

    Nous nous étonnons toujours du temps qu’on passe à accorder de l’attention aux personnes que nous n’apprécions pas. A se comparer et à critiquer les autres, on finit surtout par se faire du mal tout seul. Cultivons la bienveillance envers les collègues envers qui nous doutons et montrons de la tolérance auprès de ceux qui travaillent peut-être un peu moins vite que nous. Ne nous prenez pas pour mère Thérésa : c’est surtout une façon de foutre la paix à soi-même.

    Et pour ceux qui ne sont toujours pas satisfaits de leur charge de travail : échangez avec votre responsable, mesurez votre activité et trouvez des pistes pour réguler cette charge au sein de votre équipe pour davantage d’équité. Et surtout, faites gaffe aux oreilles qui traînent quand vous prenez le métro.

    Bien dans mon travail
    Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.

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