Oubliez la compétence, tout le monde préfère travailler avec des personnes de confiance

La recherche continue de performance nous affecte tous. Le dépassement de soi est une valeur noble que certains confondent avec le dépassement de l’autre. Là-dessus, il faut avouer que le monde du travail rappelle des valeurs qui ne font pas toujours honneur à notre humanité.

La compétence est trop souvent définie selon son versant productiviste et intellectuel. De nombreux employeurs s’y trompent. Ne percevoir la compétence des salariés dans leur seule individualité, c’est ignorer le formidable potentiel du travail collectif.

La capacité à travailler ensemble reste encore trop cantonnée à une qualité facultative. Rester calme malgré les désaccords, savoir écouter autrui et faire des compromis sont, pour nous, des formes de compétences humaines que l’on devrait, au contraire, rechercher en priorité.

Une vision tronquée de la compétence

Tout commence sur le CV, cet inventaire de titres et d’expériences qui ne cherchent qu’à impressionner le lecteur. Facebook nous a enseigné le marketing de soi : vous pouvez compter sur vos candidats pour enrober leurs expériences et ne mettre en avant que le positif. Quitte à ne pas vraiment refléter la réalité.

Les bilans annuels prendront le relais, la compétence étant encore une fois souvent étroitement assimilée à des objectifs productivistes. Ce ne sont que des indicateurs, nous dit-on. La contribution à de nombreux projets pourra attester d’une implication dans la vie de l’entreprise. Mais là encore, faire du présentiel dans plusieurs groupes de travail n’est pas nécessairement représentatif d’une véritable contribution collective.

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Car l’évaluation quantitative rassure. C’est d’ailleurs toute la difficulté des compétences humaines : puisqu’elles sont perçues comme des facteurs intrinsèques à chacun, elles sont reléguées dans l’espace abstrait d’une dynamique insondable.

Des conséquences catastrophiques

Imaginons qu’un professionnel hautement compétent arrive dans une nouvelle entreprise. Comment profiter de son formidable potentiel sans l’articuler avec le reste du collectif ? Nous pensons à ces salariés stars qui sortent de nulle part, entourés de promesses disproportionnées. Le premier coup de pelle d’un fossé est déjà creusé.

Un salarié compétent qui tombe dans l’écueil de l’orgueil, la condescendance ou l’irritabilité ne peut pas avoir d’impact bénéfique dans une entreprise. La balance penchera en défaveur de ses compétences, dégradant l’ambiance de travail et l’intelligence collective. Toute la boite en paie le prix.

Sur ce point, les équipes de football nationales sont citées en exemple : les plus grands joueurs n’arrivent pas à jouer ensemble et se font régulièrement battre par des équipes modestes mais soudées. C’est pourquoi nous préférerons toujours travailler avec des gens qui sont peut être moins compétents, mais avec qui nous avons plaisir à collaborer.

Replacer les qualités humaines au centre du travail

Nous pensons que l’apport d’un professionnel se retrouve dans la qualité de ses échanges sociaux. Tout employeur devrait mettre un point d’honneur à rechercher ces compétences humaines auprès de leurs collaborateurs, comme un pré-requis de leurs compétences techniques.

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Lorsque je débutais mon métier d’ergonome, j’ai complètement raté une réunion importante. Alors que je ruminais sur mon échec, persuadé qu’on allait se séparer de mes services, on m’a laissé poursuivre ma mission jusqu’au bout. Faire appel à une personne expérimentée aurait été plus simple pour tout le monde. Lorsque j’ai demandé pourquoi ils ont continué avec moi, ils n’ont pas caché leur surprise.

Leur réponse ? “On veut simplement travailler avec des personnes de confiance”.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.