“J’ai pas le temps”, l’excuse la plus grillée au travail

Nous avons tous de bonnes excuses pour ne pas faire une tâche qui nous rebute. Les spécialistes de la mauvaise foi peuvent se montrer créatifs. Hélas, nous n’avons pas tous ce même talent. Heureusement, la facilité des schémas mentaux ont trouvé la réponse parfaite. C’est ainsi que le fameux J’ai pas le temps est devenu l’excuse la plus grillée au travail. Tentative de décryptage.

Une réponse acceptée

Car c’est bien là le problème. En dehors de la véracité ou non de cette exclamation, elle coupe court à toute discussion. Le manager peut éventuellement culpabiliser de faire travailler les malheureux de son équipe, à l’heure où les Risques Psycho-Sociaux font rage. D’autres managers imposeront quand même la tâche sans chercher à comprendre. Le salarié, lui, n’a pas à prendre de recul sur son activité. Pourquoi discuter de sa charge de travail alors qu’il est déjà à la bourre. Les deux parties peuvent donc s’y retrouver. Circulez, il n’y a rien à voir.

J’ai pas le temps = J’ai pas envie

La plupart du temps, cette réponse cache surtout un J’ai pas envie. Parfois, on est même à deux doigts d’un majestueux Ça me fait chier. Mais jouer le jeu de la charge de travail est plus diplomatique à tous les niveaux. D’ailleurs, cette réponse est souvent suivie d’un bon vieux Je suis surbooké, histoire d’appuyer cette affirmation. L’art de se substituer d’une tâche non voulue en gardant une image saine et sauve.

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Pourtant, remarquez avec quelle facilité nous arrivons à trouver du temps pour les projets qui nous passionnent et qui vont participer à notre épanouissement. Peu d’entre nous laisserons passer l’opportunité d’une tâche qui les valorisera. Quitte à faire un peu plus d’efforts.

Alors évidement, certaines personnes ont réellement une charge de travail qui les dépasse, mais elles l’expriment rarement de manière aussi stéréotypée ou systématique. Les salariés en difficulté sont souvent les plus discrets, ce qui rend leur situation plus délicate à identifier.

Questionner le contenu du travail

A force de répéter qu’on n’a pas le temps, l’expression est vidée de sa substance et personne n’essaie de prendre la peine de la discuter. C’est le signe d’une rupture des échanges autour de l’activité, que ce soit au niveau des managers que des salariés.

S’il est difficile de parler vrai dans une société où les problèmes restent confinés pour ne pas faire de vague, les ignorer peut se montrer encore plus pernicieux. De nombreuses causes peuvent expliquer ces excuses : un manque de motivation, des objectifs décourageants, un contexte morose… Ne pas parler des raisons originelles détournera l’attention des vraies questions.

Échanger entre le salarié et sa hiérarchie

Si l’excuse est exprimée par le salarié, sa hiérarchie démissionne de son rôle en l’acceptant sans la questionner. Nous ne pouvons que conseiller d’approfondir ces réponses automatiques et de sortir de ce schéma qui ne fait avancer personne. Le J’ai pas le temps est le signe d’un dysfonctionnement, pas forcément grave d’ailleurs, mais qui doit être entendu.

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La volonté d’apporter des réponses adéquates est la suite logique. Le salarié peut être accompagné, tout comme l’employeur peut remettre en question certaines de ses pratiques. Et parfois c’est tout simplement vrai, qu’on n’a pas ce foutu temps. Si ce n’est que temporaire et exceptionnel, oubliez tout ce qu’on vient d’écrire. Mais continuez quand même de nous lire.

Ecrit par un ergonome incognito

Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.