Prudence sur les locaux tout blancs

Après 20 ans de bons et loyaux services, vos locaux vont faire l’objet d’une rénovation complète. Il faut dire que les bureaux ont bien vécu : les murs ont jaunis, la moquette est toute tâchée et le soleil a décoloré tout ce qu’il a pu toucher. Et que dire de ces cloisons opaques qui assombrissent chaque recoin.

Votre dirigeant est déterminé à profiter de cette opportunité pour tout remettre à plat. Tirant les leçons des anciens aménagements archaïques, il veut aller dans le sens complètement opposé. C’est décidé, les nouveaux bureaux seront lumineux et ouverts.

Partant de ces grandes lignes légitimes, la suite des décisions peut se révéler catastrophique. La luminosité et l’ouverture des espaces peuvent devenir des objectifs obsessionnels, au point d’influencer chacun des choix d’aménagement : la moindre surface des futurs bureaux sera blanche. Oubliez le pastel et même le blanc crème. Les prestataires répondent aux besoins du client et s’exécutent. Une succession de plusieurs biais qui peut entraîner quelques conséquences.

Le blanc reflète (un peu trop bien) la luminosité

Nous n’allons pas y aller par quatre chemins, le “tout blanc” est une fausse bonne idée. Si tous les murs, les piliers, les plafonds, les plans de travail et les armoires sont blancs, ce sont autant de surfaces qui reflètent parfaitement la luminosité. Si vous entendez des remarques de type “on dirait des locaux d’hôpitaux”, c’est qu’il y a des chances que les hôpitaux soient plus colorés que vos bureaux.

Les jours de beau temps, la luminosité naturelle peut être puissante et sera réfléchie par toutes les surfaces jusqu’à l’éblouissement potentiel. La couleur blanche devient quasiment fluorescente et le contraste avec les zones moins exposées à l’ombre est important. Dans un open-space, aucune cloison ne vient tempérer la diffusion de la luminosité et les salariés proches des fenêtres sont particulièrement exposés.

Une forte luminosité au bureau peut engendrer des troubles éventuels : des maux de tête, de la fatigue oculaire, voire même des difficultés de concentration. Essayez donc de lire un document papier blanc sur un plan de travail blanc, entouré de murs et d’armoires blancs, avec le soleil qui tape de plein fouet à travers la baie vitrée. On ne vous le souhaite pas.

Petit rappel pour le choix des couleurs

La luminosité se mesure en lux. La norme NF EN 12464-1 fait autorité en la matière en établissant des niveaux d’éclairements moyens par type de tâche. Retrouvez la synthèse de cette norme dans le document de l’INRS “Conception des lieux et des situations de travail” que vous pouvez télécharger gratuitement en PDF. Si vous avez un appareil pour mesurer la luminosité de vos locaux, un luxmètre, vous pourrez alors quantifier la luminosité de vos locaux pour la comparer avec les recommandations de la norme. Un bon point de départ pour se faire une idée.

Pour faire simple, le plafond doit être blanc (ou très clair) et le sol doit être sombre. La couleur des murs se situe entre les deux. Au-delà du point de vue esthétique, n’oubliez pas que les couleurs ont une connotation psychologique. Favorisez plutôt des teintes apaisantes et harmonieuses. Les plans de travail doivent avoir un contraste satisfaisant avec d’éventuels documents. Les couleurs de plan de travail peu risquées sont les teintes en bois ou le gris clair. Voilà, le choix des couleurs n’est pas plus compliqué que ça.

Attention tout de même, nous avons abordé la question de la luminosité avec la mesure des lux et la couleur n’est évidemment pas le seul facteur à entrer en considération. L’aménagement des locaux s’inscrit dans une démarche globale et plus complexe que la simple question des couleurs, avec le choix de la luminosité artificielle, la méthode de régulation de la luminosité naturelle ou encore la répartition des postes de travail dans les locaux.

Un projet d’aménagement sans démarche participative est quasiment voué à l’échec

Nous comprenons les dirigeants qui veulent changer l’image de leurs locaux et qui sont persuadés de prendre des bonnes décisions en jouant à fond le jeu du “tout blanc” pour favoriser un maximum de luminosité. Beaucoup d’entreprises regrettent et peuvent difficilement revenir en arrière en termes de coûts ou de faisabilité.

Si le blanc n’est évidemment pas une couleur à bannir, il faut savoir l’employer avec équilibre. Comme toutes choses, les extrêmes vont rarement dans le bon sens : évitez l’obsession du “tout blanc” pour chacune des surfaces de vos locaux et vous devriez économiser quelques contrariétés.

Si le blanc n’est évidemment pas une couleur à bannir, il faut savoir l’employer avec équilibre.

Comme vous le savez, un bon dirigeant doit savoir écouter ses collaborateurs. Mener une démarche d’aménagement participative reste encore le meilleur moyen de recueillir tous les avis, avec des salariés impliqués. Pour cela, il ne faut pas seulement compter sur le relais des managers, mais bien des groupes de travail de tailles différentes selon vos moyens. Les questionnaires avant-après permettent également de récupérer les besoins et les ressentis, surtout lorsqu’il faudra passer à l’incontournable étape de corrections.

Enfin, limitez les risques et sollicitez des experts en aménagement de locaux. Ils ne sont pas là uniquement pour répondre à un cahier des charges ou pour donner l’illusion d’une consultation. Cabinets d’ergonomie, cabinets d’architectes spécialisés ou médecine du travail : vous n’avez que l’embarras du choix pour multiplier les conseils. A condition de ne pas les mobiliser trop tard.

un ergonome incognito
Un ergonome voulait apporter un peu de réconfort dans ce monde de brutes. Il a donc choisi de partager des idées pour mieux vivre son travail. Quel naïf.

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